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Histoire - Seconde Guerre Mondiale (1939-1945)

carte_ravitaillement3Lors de l'invasion le 10 mai 1940, c'est la débandade dans tous les sens. Malgré le fait que le gouvernement belge avait prévu un plan d'évacuation, il ne sera pas vraiment appliqué dans la pratique, occasionnant un capharnaüm invraisemblable sur les routes, où se mêlent troupes en déroute et groupes de réfugiés. Cette situation confuse engendre des drames, l'aviation allemande ne pouvant distinguer les colonnes de militaires de celles de civils, elle tire dans le tas.

A Cheratte, l'administration communale délivre des statuts d'évacué obligatoire à certaines catégories d'habitants. Pour les autres, le terrible choix entre partir ou rester. Le spectre des atrocités de 1914 est encore vif dans les mémoires, et la propagande alliée présente le "boche" comme un barbare sanguinaire assoiffé de sang. Voilà qui suffit à motiver la grande majorité des cherattois à quitter le village.

Beaucoup de familles se regroupent pour partir ensemble. Les plus fortunés, ou les plus chanceux, partent en voiture  ou en camion. D'autres utilisent des vélos ou des charrettes tirées par des baudets, tandis que les moins bien lotis quittent le village à pieds. Certains se rendent chez des parents, des amis, ou simplement le plus loin possible des combats.

A la fuite de la population s'ensuit celle des autorités locales et des troupes stationnées dans le village.  Le soir du 11 mai, Cheratte est pratiquement déserté de tous ses habitants, mis à part quelques irréductibles ainsi qu'un groupe de mineurs polonais dans la cité du charbonnage.


Pour la famille Ruwet, commerçants à Cheratte-Bas, c'est l'exode en voiture. Maria, alors jeune fille, raconte l'évacuation de sa famille dans un carnet qu'elle a tenu au jour le jour.

Dans son carnet, Maria nous décrit les évènements tels que les percevait une jeune fille à l'époque; l'incompréhension se mêlant à la peur et à la tristesse, mais avec une certaine innoncence et de l'espoir malgré tout. Sa famille quitte définitivement Cheratte le 11 mai, traversant la Belgique et le nord de la France, croisant des réfugiés et des soldats en déroute, assistant parfois à des scènes épouvantables. Le 18 mai, ils trouveront enfin un logement définitif à Louvigné-du-désert, en Bretagne.

Durant son séjour en France, la famille Ruwet travaillera à la confection de vêtements afin de gagner un peu d'argent. Maria entrera en contact avec les soeurs de Paramé près de Saint-Malo, la maison mère des religieuses de l'institut Saint-Dominique à Cheratte. La famille Ruwet quittera Louvigné pour rentrer à Cheratte le 24 juin.

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Un extrait du carnet de Maria Ruwet

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Pour la famille Van Linthout, c'est le départ de Cheratte à pieds le 10 mai dans l'après-midi. Georges, le père, travaille toujours à Bruxelles, où sa famille et d'autres cherattois le rejoindront en train, pour ensuite continuer vers la côte.

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A Nieuport, le 28 mai 1940 dans l'après-midi, un groupe de 17 cherattois (Georges Van Linthout, Louis Servais, Jean Etienne le boulanger, leurs femmes et leurs enfants) marchent le long de la côte belge, à la recherche d'un moyen de transport pour l'Angleterre.

Alors qu'ils mangent sur le bord de la route, deux soldats belges les croisent et leur annoncent que la guerre est finie, que la Belgique venait de capituler. Georges Van Linthout, vétéran de 14-18, leur répond que la guerre ne faisait que commencer. Un des soldat lui répond "Si tu prends une bombe sur la tête, tu ne diras plus ça".

Le groupe reprend son chemin et quelques heures plus tard, un avion allemand passe au-dessus d'eux et largue trois bombes. Une tombe sur l'église toute proche, une autre plus loin et la dernière explose juste à côté de la route où se trouve le petit groupe. Georges Van Linthout et Louis Servais sont mortellement blessés. Ils seront emmenés à l'hôpital de La Panne où un médecin namurois tentera de les soigner, mais en vain. Georges Van Linthout décédera le soir même et Louis Servais le lendemain, alors que la ville est toujours bombardée.

Ils seront enterrés au cimetière militaire de La Panne, avant que leurs dépouilles ne soit ramenées à Cheratte en 1947 par Léonard Van Linthout et André Servais, leurs fils.

 


 

Ces témoignages sont là pour que nous n'oublions pas la tragédie qu'ont vécu de nombreuses familles cherattoises à cette époque, sur les routes de Belgique ou de France.

Malheureusement les cherattois n'étaient pas au bout de leurs peines, car comme l'avait rappelé Georges Van Linthout au soldat belge sur le bord de cette route, la guerre ne faisait que commencer...

Mis à jour (Mercredi, 12 Mai 2010 13:08)

 

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